OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 La Reine mère ferme les braguettes http://owni.fr/2012/05/03/la-reine-mere-ferme-les-braguettes/ http://owni.fr/2012/05/03/la-reine-mere-ferme-les-braguettes/#comments Thu, 03 May 2012 14:55:19 +0000 Andréa Fradin http://owni.fr/?p=108829

“Il est temps qu’Internet ne soit plus traité différemment que n’importe quel autre media.” Comprenez par là que culs et bites n’aient plus droit de cité dans le réseau outre-Manche. Cette sentence, que l’on doit à l’élue conservatrice Claire Perry, vient ressusciter un vieux serpent de mer britannique : l’instauration d’un filtrage a priori de tous les contenus pornographiques.

Fin 2010, le gouvernement avait déjà suggéré de bannir le porno du réseau, au nom de la protection de l’enfance sur Internet. Le projet consistait alors à demander aux internautes attachés à leurs activités frivoles de se signaler auprès de leur fournisseur d’accès à Internet (FAI) en apportant la preuve de leur majorité.

Avril 2012, on prend les mêmes et on recommence. Le premier projet de 2010 n’ayant finalement pas abouti, un nouveau texte a été déposé à la fin du mois d’avril devant la Chambre des Lords : l’Online safety bill. Même trame : plus de cochonneries en ligne a priori, les amateurs étant priés soit de se restreindre, soit de se manifester. Un nouvel haro sur le porno qui déchaîne les passions.

Adieu culs, bites et cons

“Nous n’acceptons pas [la pornographie] sur toute autre forme de média, que ce soit la télé ou les téléphones mobiles, pourquoi devrons nous l’accepter sur Internet ?” a ainsi affirmé Claire Perry dans une émission de BBC Radio 4 en date du 1er mai. Quelques jours plus tôt, l’égérie du mouvement se confiait dans une tribune parue dans The Daily Mail, journal conservateur populaire au Royaume-Uni, lui-même engagé dans une vaste campagne anti-porno. Intitulé “De combien d’autres preuves avons-nous besoin avant de commencer à protéger nos enfants d’images dépravées ?”, le texte livre “[les] expériences d’une mère, ainsi que [les] inquiétudes d’une femme politique” :

Quand j’ai entré les mots “American Girl” dans la barre de recherche de Google, les images apparues n’avaient rien à voir avec les innocents jouets avec lesquels [mes filles] aiment jouer.

Forte de cette malheureuse aventure, la députée arrive à la conclusion que les logiciels de contrôle parentaux ne suffisent plus puisqu’on “peut accéder à Internet avec les iPhone et les Wii, ainsi qu’avec les PC, les portables, les téléphones mobiles, et les TV connectées” qui nécessitent chacun un dispositif de sécurité spécifique. Conclusion : filtrons la pornographie sur Internet :

Ne serait-il pas plus judicieux si tous les fournisseurs d’accès à Internet (FAI) changeaient le système pour qu’au lieu de placer toute la responsabilité sur les parents qui doivent installer les filtres, Internet soit filtré chez nous et qu’on adopte le système ‘opt in’ pour les consommateurs qui souhaitent accéder à la pornographie et à tout autre site adulte au lieu du système d’‘opt out’ actuel ?

Censure et surblocage

Pour les FAI et experts réseaux en question néanmoins, cette solution n’est pas aussi “simple” que prétend l’élue conservatrice. En termes techniques d’abord, le filtrage massif soulève de nombreuses interrogations quant à son efficacité. Bloquer un site identifié comme pornographique, c’est prendre le risque de neutraliser d’autres contenus tout ce qu’il y a de plus inoffensif. Le couperet du surblocage s’est d’ailleurs déjà abattu dans de nombreux pays, dont le Royaume-Uni, où l’intégralité de la page Wikipedia du groupe Scorpions a un temps été inaccessible en raison de la pochette de l’album Virgin Killer, jugée répréhensible par l’Internet Watch Foundation (IWF). L’organisme, qui cherche à “éliminer toute image d’abus sexuels d’enfant” avait placé ce lien dans une liste noire de sites bloqués par les FAI anglais.

En France, lors de l’adoption de Loppsi en 2010, le débat s’est d’ailleurs focalisé sur le même risque de censure. Une association de protection de l’enfance, l’Ange Bleu, s’étant même opposée aux velléités gouvernementales de blocage du Net, jugé “dangereux, inefficace et contre-productif”. Les contenus visés étaient alors non pas pornographiques mais pédo-pornographiques.

“On perpétue le mythe selon lequel c’est une solution technologique simple à un problème complexe” plaide Nick Pickles, de l’association Big Brother Watch. Un constat que partage Nicholas Lansman, membre de l’Ispa, l’association des FAI anglais, pour qui “il est très compliqué de définir ce qui est illégal ou non”. Car au-delà des considérations techniques, comment déterminer ce qui rentre ou non dans la case olé-olé ? “Nous ne voulons pas arbitrer de ce que font les internautes en ligne” poursuit Lansman, qui estime que les FAI fournissent déjà des solutions techniques, les logiciels de contrôle parental, pour prémunir les plus jeunes de la pornographie.

Même levée de boucliers du côté des industries de divertissement pour adulte : “je pense que nous régressons en tant que société à partir du moment où on autorise le gouvernement à dicter ce que vous pouvez ou non regarder”, regrette ainsi Steven Hirsch, le cofondateur de Vivid Entertainement. Enfin, qui est la police des mœurs ? Cette pente nous mène irrémédiablement vers la perte de nos libertés.” Sans compter que de nombreuses personnes “peuvent se sentir mal à l’aise de faire savoir à leur FAI qu’ils veulent du contenu pour adulte”, ajoute-t-il, renvoyant au passage les parents à leur responsabilité. Une ligne de défense qui n’est qu’une question de gros sous selon The DailyMail, pour qui la suppression du porno sur Internet empêcherait [Steven Hirsch] et d’autres de sa profession sordide de faire de vastes profits dans un business qui rapporte des milliards par an”.

Responsabilité

Le bras de fer s’est intensifié ces derniers jours avec l’affaire The Pirate Bay : les FAI anglais se sont vus ordonner par la justice de bloquer l’accès à ce site de partage de fichiers torrents, au nom de la lutte contre le piratage sur Internet. Signe pour Claire Perry que la face du réseau s’apprête à changer :

Je pense que ce que nous observons avec la décision The Pirate Bay renvoie à un ensemble de changements qui affirme que les FAI ont un rôle à jouer.

Car ce qui se joue dans cette guerre de tranchées est moins la place légitime ou illégitime du porno sur Internet, que le visage que l’on souhaite donner au réseau. Que le rôle à conférer à leurs portiers : les FAI. “Vous êtes ceux qui donnez accès à Internet : pourquoi n’êtes vous pas la police du Net ?” Cette question entendue sur la BBC prouve bien que la chair n’est, comme souvent, que l’arbre qui cache la foret. Et que le noeud du problème est bien la notion de responsabilité.

Deux camps se font ici face. D’un côté, les partisans d’un Internet plus étroitement encadré où, comme le souligne la BBC, “la protection de l’enfance éclipse tout souci de censure” et où il incombe aux FAI de fermer les portes du réseau. De l’autre, les défenseurs d’un réseau où le blocage des sites est “non seulement [perçu] comme inefficace mais aussi comme contraire à la morale”. Et où les individus, consommateurs comme émetteurs, sont responsables de leurs actes.


Illustrations CC FlickR Jim Linwood et roberlan

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Athlètes féminines à grosse bite http://owni.fr/2012/04/23/grosses-bites/ http://owni.fr/2012/04/23/grosses-bites/#comments Mon, 23 Apr 2012 12:20:56 +0000 Guillaume Ledit http://owni.fr/?p=106958 "Célébrités à grosse bite" ou "Athlètes féminines à gros seins"... Ce sont les titres vedettes d'un marché lancé par des sous-éditeurs, spécialisés dans le copié collé des contenus gratuits de Wikipedia pour les transformer en livres payants, vendus en nombre sur Amazon, grâce à des titres mi-provoc mi-ridicule.]]>

Des célébrités à grosse bite, comme Jay-Z, Liam Neeson, Colin Farrell, et plein d’autres. Qui n’a jamais rêvé de disposer d’un tel ouvrage dans sa bibliothèque ? C’est aujourd’hui possible, grâce aux efforts conjugués d’une start-up opportuniste et d’Amazon. Avec l’apport involontaire de Wikipédia.

Dans un récent article publié par Gawker, le journaliste Max Read dévoile les subtilités du phénomène. Il s’agit de profiter de la possibilité offerte par Amazon aux États-Unis d’imprimer des livres à la demande (print-on-demand). Et de compiler des articles issus principalement de Wikipédia sous des titres absurdes, mais susceptibles de faire l’objet de requêtes sur les moteurs de recherche. En l’occurrence, il s’agit des biographies de stars soupçonnées de bénéficier d’une nature avantageuse, précédées du long article que l’encyclopédie en ligne, dans sa version anglaise, consacre au pénis.

La couverture de l'un des livres issus du "projet Webster", disponible sur Amazon.

On peut ainsi se trouver nez à nez avec un ouvrage à la couverture étrange intitulé Les juifs névrosés qui deviendront des zombies. Tout un programme. A l’intérieur, on ne lira rien d’autre que des articles de Wikipédia compilés avec malice, et chapitrés. Sur Amazon comme dès les premières pages du livre, il est d’ailleurs bien précisé que le contenu “provient principalement d’articles disponibles sur Wikipédia”.

Interrogé sur la question, Rémi Mathis, président de Wikimédia France -fondation qui fait fonctionner Wikipédia-, nous confie :

Wikimédia France n’a pas de position officielle sur le sujet, puisque la pratique est légale : la licence est généralement respectée. Nous trouvons simplement qu’un tel ouvrage est un peu inutile. Et surtout que l’on perd tout ce qui fait le sel de Wikipédia : les liens hypertextes entre articles, les discussions, l’évolution constante et la mise à jour des articles.

A l’heure où l’on considère qu’une partie de l’avenir de l’édition se joue sur Internet, et où certains prédisent que le livre évoluera en partie en s’adaptant au réseau, ce reverse publishing peut en effet surprendre.

La section Kindle d’Amazon US est pourtant d’ores et déjà assaillie par ce type d’ouvrages, s’appuyant sur l’immensité des contenus libre de droit produits chaque jour par les internautes. Philip Parker, un professeur américain en science du management, a d’ailleurs déjà publié plus de 200 000 “livres” fonctionnant sur ce principe, aidé de quelques développeurs et de pas mal d’ordinateurs.

Couverture de "Les juifs névrosés qui deviendront des zombies." Un autre ouvrage issu du Projet Webster.

Revenons à nos célébrités bien membrées. Derrière le projet se trouve une start-up évoluant dans le milieu de l’édition numérique, BiblioLabs. Parmi plusieurs projets d’édition de contenus, elle a développé le “projet Webster”, dont l’objectif est d’utiliser des “curateurs” humains pour assembler des contenus issus de Wikipédia dans une nouvelle œuvre.

Les livres issus du projet Webster ont des auteurs, payés 5 dollars le livre. Parmi eux, Dana Rasmussen, à qui l’on doit les deux œuvres d’ores et déjà citées, mais aussi plus de 1000 “oeuvres”, parmi lesquelles Bateaux à moteur et athlètes féminines à gros seins, Guide Alphabétique des Groupes Chevelus, volume 5, Célébrités d’Internet et phénomènes comme Justin Bieber ou 2 Girls 1 cup ou encore Cultes de l’Apocalypse, se préparer à l’extase. Des morceaux de bravoure sur des sujets essentiels, vendus en moyenne 17$. Et qui n’apporteront peut-être pas toute la satisfaction escomptée à l’acheteur imprudent.

“On a tendance à reporter la responsabilité sur le lecteur lui-même : tant qu’il est clairement indiqué que le contenu provient de Wikipédia, c’est à l’acheteur de faire attention” , nous dit Rémi Mathis.

Ce n’est pas gagné : ces livres parviennent à faire quelques ventes, même si le contenu est disponible gratuitement ailleurs. Pour expliquer cet acte d’achat, le président de Wikimédia France évoque une autre hypothèse :

Cette affaire révèle aussi la puissance légitimante du papier. Même sur Internet, c’est plus facile de dire : ‘il y a des livres sur le sujet’ que de renvoyer vers des blogs ou des articles en ligne. On peut penser que les gens qui vendent ce genre de produit le prennent en compte.

Ainsi, en jouant sur l’image de sérieux renvoyé par tout ouvrage publié sur du bon vieux papier, les entrepreneurs malins de BiblioLabs induirait en erreur quelques inconséquents. Une pratique qui peut être vue comme le prolongement numérique de procédés ayant cours dans l’édition traditionnelle :

Si ce genre de livre existe, c’est qu’il y a une tradition, dans l’édition, de proposer des livres dont l’intérêt n’est pas toujours évident, y compris dans l’édition scientifique. Lorsque l’on compile plusieurs articles d’un même auteur publiés à différents endroits pour en faire un volume, ce n’est finalement rien de plus que du copié-collé.

En France, il n’est pas encore possible de faire imprimer des ouvrages à la demande via Amazon. En revanche, certains éditeurs proposent des ouvrages issus de Wikipédia. C’est le cas des “Petits bouquins du web“, dont la collection de petits livres à 5 euros existe depuis 2010. Sans s’aventurer, pour le moment, dans des thématiques absurdes.


Illustration et couverture par Ophelia Noor pour Owni /-) Détournement d’image via Betsythedevine/Flickr [CC-byncsa]. La troll face est une création originale de l’artiste Whynne via Deviant Art et adoptée par les interouèbes depuis 2008 #mème
Captures d’écran en CC des sublimes couvertures des livres cités via Amazon/Flickr/Wikipedia (CC).

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